Gareth Pugh, d'un délire psychotique, à une intelligible et esthétique lucidité
vendredi, 27 novembre 2009
En tout état de cause, Pugh semble avoir énormément évolué, sa pensée semblant dorénavant plus nuancée, davantage intelligible, (calculée?) - que purement intuitive. Nul doute, le créateur semble être dans une toute autre dynamique que lors de ses débuts, avec ses créations les plus fuckées (littéralement).
Pour sa collection Printemps / Été 2010 défilent devant nous ces hommes et femmes, (reconnaissables!) tous de gris vêtus et dorénavant assagis, façon Pugh. On apprécie sans doute davantage la complexité et les subtilités de l'oeuvre qui semblaient jadis se perdre dans les images explosives que généraient ses premières collections. À la lumière de cette nouvelle collection, un constat s'impose : le talent de Pugh s'étend bien au-delà de la couture purement sensationnaliste.
Les pièces destructurées, puis restructurées milles fois, j'exagère à peine (qui ont d'ailleurs dû prendre un temps fou à confectionner) reprenant le motif triangulaire dorénavant célèbre de Pugh, conjuguées aux différentes superpositions de tons de gris (serait-il arrivé à une sorte d'équilibre entre le clivage du noir et du blanc, de l'asexué et du sur-sexué de ses premières créations?) se suivent, sans pour autant se ressembler. Les pièces jadis post-apocalyptique - issues tout droit d'un trip d'acide (et tout un, de surcroît) - tantôt architecturales et hyper structurées, dira-t-on, mettent dorénavant en valeur les matières riches, l'impeccable technique, et le souci du détail quasi-obsessif du créateur.
Et bien qu'on puisse s'ennuyer de la folie des premières collections de Pugh, on comprend sans trop de difficulté que le créateur avait soif d'une reconnaissance autre que celle de la marginalité qui faisait ombrage à son immense talent, la chose est plus que légitime. D'autant que les acheteurs ne doivent être que ravis de ce tournant créatif puisque toutes ses pièces, à quelques exceptions près, sont commercialisables et...dorénavant réellement prêtes-à-porter! (tout le contraire de ses premières collections, vous l'aurez devinez).
Pour ma part, et sachant fort bien qu'il soit souhaitable pour un créateur d'évoluer et d'expérimenter différentes approches artistiques autour de cette chose étrange qu'est le vêtement, je dois avouer espérer secrètement que Pugh revienne (ne serait-ce que de temps à autres!) à ses délires psychotiques pour ses prochaines collections... mais tout ça restera entre nous.
François Van Hoenacker